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Une histoire d’amour radioactive

Antoine Chainas


Antoine Chainas - Une histoire d'amour radioactive
Voici donc le nouvel opus d’Antoine Chainas, « une histoire d’amour radioactive » publié dans la Série noire en avril dernier. Je l’attendais avec impatience compte tenu de ce que j’avais pensé de ses deux précédents. Et bien, autant le dire tout de suite, je ne fus pas déçu. La profondeur des personnages est de retour et ne s’éparpille plus.

Le titre contient tous les éléments de l’histoire et je n’en dirais pas plus sur son déroulement. Passé les pages du début où j’avais encore le réflexe de chercher ce qu’Antoine Chainas avait bien pu encore inventer comme situations folles d’ébats amoureux, je me laissais guider par les personnages dans des zones plus humaines, plus quotidiennes du récit. « Une histoire d’amour radioactive » pose d’emblée par son titre que l’amour n’est pas transmutatif, qu’il ne changera pas les protagonistes de cette histoire, mais que c’est bien cette dernière qui sera vectrice de mutation. En outre, l’autre clé du roman se trouve elle aussi sur la couverture, nous sommes en situation de danger biologique ou biohazard.

Tout se passe dans la lutte à mort entre une forme de vie qui se veut stable, immuable, refusant ainsi toute altérité, développant des mécanismes de défense où rien ne doit changer, où toute l’énergie est engagée à ne pas évoluer pour vivre pleinement s(l)a vie à pleins viscères. Face à cette forme de vie reproductive, une autre vie se déploie, éléments transmutant, transformant, tentant un changement de paradigme ; lumière reproductrice à l’ambition créatrice. Enfin, un troisième mouvement s’amorce car contaminé par ces deux formes d’existence au hasard d’une rencontre.

Javier, le flic, Héraut de la première forme de vie est un personnage qui prend des coups, mais qui ne cède pas, il plie, se redresse toujours, encaisse, avance, met le genou à terre, pleure, vomit, mais continue sa route. Il est représentant de l’institution qui ne peut perdurer qu’en étant figée, immobile, en ayant ôté, éliminé toute forme d’incertitude, de hasard, de risque. Tout était déjà là avant lui avec sa place de définie et tout restera après. En face, et à coté de lui pour son amour, l’autre camp a choisit le changement radical, instantané, court, rapide, percutant. Le changement est symbolisé par Veronika, l’héroïne, l’artiste, la femme du roman. Elle n’a pas de lieu précis, elle vient de nulle part, change d’appartement, de lieux constamment. Entre ces deux postures, l’autre héros du roman, DRH le consultant, travaille dans une multinationale et met en place des plans sociaux. Au début du livre il est asexué, ni homme, ni femme, juste une machine vide, neutre, sans affect. DRH vit une vie qui se balance entre le quotidien personnel immuable et le quotidien professionnel dans lequel il change tout dans les entreprises, ou plus exactement, et pour reprendre la terminologie à la mode, il accompagne le changement qu’il a planifié. Il baigne dans cette injonction paradoxale du « sois libre » se protégeant de toute négatricité. Mais ces adaptations managériale radicales ont pour unique visée de ne rien changer dans les organisations. C’est du changement de type III, tout changer pour ne rien changer, changer pour faire croire, pour donner du rêve, l’illusion que ça bouge avec toute l’imprécision du « ça ». Notre pauvre DRH va alors prendre en plein visage la fulgurance d’un nuage radioactif et toute la polysémie du concept d’histoire. Il est a noter qu’en tout début du livre, Antoine Chainas place notre DRH dans la même position que dans son premier roman « Aime moi Casanova ». Rien n’aurait donc changé depuis le temps ? Extrait : « DRH, de La Boîte, se tient devant l’urinoir, les jambes légèrement fléchies, la verge pointée dans la direction adéquate ».

Tout le roman se joue dans ces trois cercles du stable, de l’instable et l’imprévu, trois cercles que nous retrouvons sur la couverture et symbole du danger biologique, du rayonnement, du hasard biologique. Ces trois places seront en tension tout au long du roman, Antoine Chainas allant même jusqu’à appliquer des codes typographiques pour essayer de cloisonner les personnages car l’enjeu n’est pas le chevauchement, le mélange, le combat des trois histoires, mais bel et bien la fission. Nous sommes au niveau du cœur et le risque est bien celui de l’implosion. Il y a dans le camp des méchants de la fusion, du coup de foudre, des corps qui se retrouve du jour au lendemain à pourrir de l’intérieur – gangrène et métastases qui poussent les cerveaux et les cœurs à imploser et à profiter des quelques heures qu’il leur reste à vivre. Tous ces cancéreux express ne sont alors que pulsion de vie et d’envie d’amour. Seul DRH, reste en marge. Il veut lui aussi vivre ces derniers instants, mais en même temps, il veut convaincre les autres du bien fondé de ce nouveau paradigme. Lui qui n’a toujours conçu que des plans de vie professionnels et personnels est tout d’un coup tenté par la pédagogie, le passage. Au même titre qu’il est la médiation entre le stable et l’instable, il prend conscience de l’importance des espaces transitionnels où cela peut s’éprouver avant d’être vécu. Malheureusement, il n’a plus le temps d’éprouver et de faire éprouver. Il a basculé dans l’instantané, dans la photographie, la radiographie comme cliché de la vie, du vivant.

Ce livre est donc un livre topographique où Antoine Chainas explore les places possibles, déterminées, potentielles de chacun. Néanmoins, ce monde clos en reste à de l’homogène, à de l’isotopie n’arrivant pas à basculer dans une hétérotopie ; Javier, le stable, le sûr, gagnant car la vie est un éternel recommencement dont le mécanisme principal est la reproduction.

Néanmoins, nous devons nous poser la question suivante : chacun a sa place ou chacun à sa place ?

  31 mai 2010, rédigé par : Jean-Philippe Guihard. Môts clefs : [] - [] - []
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